Le moteur qui m'amène à la naissance du mouvement
reste avant tout et, très schématiquement, l'émotion.
Cependant, c'est l'effort qui m'interpelle sans cesse,
en ce sens qu'il véhicule inéluctablement une forme de résistance, intérieure et physique.
Dans le contexte socio-économique d'aujourd'hui,
c'est comme si la pulsion de "l'écriture" par le mouvement
permettait de retrouver un peu prise sur ce qui oppresse…
Il m'apparaît incontournable de confronter physiquement les corps entre eux.
Ce "travail de contacts" s'impose dans mes créations,
comme si ce "mélange des corps" symbolisait un dernier rempart à toute forme d'individualisme.
Ce que j'appelle une perméabilité corporelle
n'est pas un simple "regard" tourné vers l'extérieur
mais bien une écoute sensorielle des autres à travers soi, comme si, à l'exemple des aveugles,
ne plus parler permettait de décupler en nous une acuité particulière.
Le poids des corps nous rend mortellement vivant
et porte en soi, toute la fragilité et l'énormité de l'éphémère que nous sommes.
C'est de cette attraction, force irréversible qui constamment nous ramène à la terre,
que va naître une des bases fondamentales de ma gestuelle :
le déséquilibre avec ce que cela implique d'impuissance.
Dans un monde qui n'accorde de valeur qu'à la valeur marchande,
ce qui me semble essentiel à défendre aujourd'hui,
c'est bien la valeur humaine, et elle n'est pas quantifiable…
La conception de mes créations ne se base pas sur une progression linéaire :
je n'éprouve pas le besoin de délivrer une compréhension immédiate.
Je préfère susciter un questionnement plutôt que d'apporter des réponses,
que je ne connais, de toute façon, pas.
Laisser ce libre arbitre au spectateur est capital
comme si face au monde actuel qui stérilise "l'espace du dedans"
et qui réduit les individus à leur rôle socio-économique,
il était urgent de réveiller une vérité organique propre à chacun et nécessaire à tous.

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